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Asia et Reyhaney, symboles de l’oppression des femmes en pays islamique

Libération, Jean-Pierre PERRIN 31 octobre 2014

Manifestation au Trocadéro le 29 octobre 2014 contre la condamnation d'Asia Bibi. Reyhaneh Jabbari à son arrestation, le 8 juillet 2007, à Téhéran. (Photos AFP )

La condamnation à mort pour blasphème d’Asia Bibi, chrétienne pakistanaise, a été confirmée en octobre. L'Iranienne Reyhaneh Jabbari a été pendue samedi à l'issue d'un procès à charge.

Toutes deux sont des jeunes femmes. L’une est chrétienne et pakistanaise, l’autre musulmane et iranienne. La première vient de voir confirmer sa peine à la pendaison motivée par le fait qu’elle avait voulu partager un verre d’eau avec deux musulmanes d’un village perdu du Pendjab. La seconde a déjà été exécutée, samedi, à Téhéran, pour avoir tué un homme qui cherchait, semble-t-il, à abuser d’elle. Héroïnes tragiques malgré elles, témoignant d’une grandeur d’âme exceptionnelle, elles apparaissent aussi comme les victimes d’enjeux politiques qui les dépassent largement.

Asia Bibi, quatre ans de cauchemar
L’ordalie d’Asia Bibi, une humble paysanne d’une quarantaine d’années, mère de cinq enfants, commence le 2 juin 2009 lorsque deux sœurs, qui travaillent avec elle, refusent de boire de l’eau dans un verre qu’elle leur tend et qu’elle vient d’utiliser, jugeant que cette eau a été souillée par les lèvres de la chrétienne et qu’elle est devenue impure. Asia Bibi se défend et se serait permis une comparaison entre le Christ et le Prophète. Quelques jours plus tard, ses voisines vont la dénoncer à l’imam du village. Peu après, des villageois se précipitent pour battre la jeune femme, elle et sa famille. Heureusement, la police intervient, mais c’est aussi pour la jeter en prison, l’imam du village ayant déposé plainte contre elle pour blasphème. Elle n’en sortira plus. Menacée de mort, sa famille doit quitter le village et vit depuis cachée.
Le 8 novembre 2010, Asia Bibi est condamnée à mort par pendaison par un tribunal de Shekhupura. Les partis islamistes et religieux, comme le Jamaat-e islami et le Jamaat-e-Ulema-e-Islam, applaudissent le verdict. «Nous allons distribuer des sucreries à nos frères musulmans, car il s’agit d’une victoire pour l’islam», déclare l’imam du village.
La paysanne chrétienne, elle, est bien seule au Pakistan. D’un courage extraordinaire, elle ne peut guère compter que sur les représentants des minorités confessionnelles et une poignée d’hommes courageux, dont le gouverneur du Pendjab, Salman Taseer. Ce dernier, un responsable du Parti du peuple pakistanais (PPP), la défend publiquement et lui rend visite en prison. Il souhaite aussi une réforme de la loi punissant le blasphème votée en 1986. La réaction ne se fait pas attendre : l’un de ses gardes du corps l’assassine le 4 janvier 2011. A cette occasion, la justice pakistanaise va se déshonorer un peu plus : lorsque le meurtrier du ministre, Mumtaz Qadr, est présenté à la cour, des dizaines d’avocats l’accueillent par une pluie… de pétales de roses. Depuis, le meurtrier a été chargé de donner des cours sur l’islam aux gardiens de la prison d’Adiyala, dans la banlieue de la capitale Islamabad. Et fin septembre, il a convaincu l’un d’eux d’assassiner un Pakistano-Britannique de 70 ans, atteint de schizophrénie et condamné à mort pour avoir écrit des lettres dans lesquelles il se prétendait prophète. Ce détenu, Mohammad Asghar, sera grièvement blessé lors de l’attaque. Un rapport interne de la prison a même conclu que Mumtaz Qadri avait tenté de radicaliser deux autres gardes afin qu’ils assassinent des détenus accusés ou condamnés pour blasphème.
Ce ne seront pas les seules victimes de cet acharnement : le 2 mars 2011, le ministre fédéral des Minorités religieuses, Shahbaz Bhatti, un chrétien qui se battait pour une réforme de la loi de 1986 depuis plusieurs années, et qui soutient également Asia Bibi, est assassiné à son tour, alors qu’il se rendait au Conseil des ministres.

Pour les partis islamistes, le blasphème d’Asia Bibi – qui dément d’ailleurs avoir jamais tenu de tels propos – est un moyen de mobiliser les foules contre le gouvernement et le président de la République, Assif Ali Zardari. Car ce dernier a envisagé un temps de gracier Asia Bibi – il avait d’ailleurs demandé à Shahbaz Bhatti une enquête sur l’accusée, enquête qui avait conclu à son innocence. Soucieux de préserver les fragiles équilibres politiques et religieux du gouvernement, Zardari recule après l’assassinat de son ministre, déclarant attendre la décision de la Haute Cour de Lahore. C’est une nouvelle victoire des partis religieux. La Haute Cour d’ailleurs, va encore leur donner raison : le 16 octobre, elle confirme le verdict de condamnation à mort. Dernier espoir aujourd’hui : la Cour suprême. Haroon Barkat Masih, directeur de la fondation pakistanaise Masihi, engagée dans la défense des chrétiens injustement accusés de blasphème, n’est pas optimiste : «Il existe trop d’intérêts en jeu derrière le cas d’Asia Bibi, trop de pouvoirs forts et trop de pressions, qui, à la fin, couvrent et finissent par fouler aux pieds la vérité des faits», déclarait-il le 21 octobre à l’agence Fides.

Reyhaneh Jabbari, exécutée sans pardon
Pour la jeune Iranienne, pendue samedi matin, son exécution ne relève pas de l’apostasie mais de l’application de la loi du talion. Un acte qui a suscité de larges condamnations de la communauté internationale, en particulier des Etats-Unis, du Royaume-Uni, et d’Amnesty International. Au moment des faits, en juillet 2007, Reyhaneh Jabbari a 19 ans. Décoratrice d’intérieur, elle se rend au domicile de Morteza Abdolali Sarbandi, un mystérieux homme d’affaires, importateur de produits pharmaceutiques et agent du ministère des Renseignements. Quelques heures plus tard, il est retrouvé poignardé à mort, et la jeune femme reconnaît avoir porté un coup de couteau. Mais elle assure n’avoir cherché qu’à se défendre en utilisant un couteau de cuisine, Sarbandi ayant cherché à abuser d’elle. La justice iranienne affirme, elle, dans un communiqué publié le 25 octobre par le bureau du procureur de Téhéran, que le meurtre était au contraire prémédité et que la décoratrice est venue elle-même avec le couteau. Mais, selon le rapporteur spécial de l’ONU Ahmed Shahid, les juges n’ont pas tenu compte de toutes les preuves, et les aveux de la jeune femme ont été obtenus sous la contrainte. En juin 2014, l’Institut américain Gatestone a d’ailleurs publié une lettre de Reyhaneh Jabbari rédigée en prison, dans laquelle elle dénonce la torture physique et morale qu’elle a subie de la part de trois agents pour la contraindre à rédiger des aveux. Son témoignage est terrible : «J’ai ressenti une sensation de brulure et j’ai crié jusqu’à ce que mes oreilles soient blessées par mes propres cris. Je n’entendais pas la lanière du fouet. Je ne sais pas s’ils me battaient avec un fouet, une corde ou un morceau de bois. Je n’ai jamais su avec quoi ces trois monstres me brûlaient. Je pouvais seulement m’entendre hurler.» 
L’exécution a été repoussée à plusieurs reprises ces dernières semaines afin que la famille de la victime puisse accorder son pardon à la jeune femme, conformément à la loi islamique. Le fils de la victime a refusé, ou plutôt aurait accepté à la condition qu’elle admette qu’il n’y a pas eu tentative de viol et qu’elle confesse toute la vérité sur cette affaire. Car tous les mystères ne sont pas levés. Dans l’appartement du crime, il y avait aussi un troisième homme, un certain Cheikhy, dont le nom apparaît dans le dossier d’instruction mais qui n’a intéressé ni les juges ni les avocats. D’où l’impression de certains observateurs iraniens que les services secrets ont beaucoup pesé sur ce ténébreux procès. A l’inverse, les avocats de la défense ont cherché à faire de cette affaire une cause «droits de l’hommiste», ce qui a pu contribuer à empêcher son pardon. En Iran, peu de personnalités ont soutenu la jeune femme, à l’exception notable de Saeed Hajjarian, un célèbre journaliste et intellectuel iranien, qui fut conseiller du président Mohammed Khatami et dénonça à cette époque les assassinats d’intellectuels en Iran - il l’a payé en étant grièvement blessé dans un attentat et demeure à ce jour handicapé. Il avait demandé à la famille de pardonner à Reyhaneh Jabbari. Il n’a pas été entendu.

Jean-Pierre PERRIN



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30 ans de la LDIF à l'honneur sur le site de TV5monde

A lire: les deux plus récents ouvrages de la Ligue "PHOTOS REBELLES" et "FEMMES VOILEES AUX JEUX OLYMPIQUES"

« PHOTOS REBELLES»


Voir le reportage sur tv5.org

Ce livre retrace à travers des photos d'archives privées et de journaux, trente années d'actions de la Ligue du Droit International des femmes, dont Simone de Beauvoir fut la première présidente. Cet ouvrage a été réalisé par le journaliste- photographe, Philippe Luc, qui se décrit lui-même comme un chasseur d'images.

Le dessin en couverture de « PHOTOS REBELLES», signé Catherine Beaunez, illustre avec humour le défi de la défense de l'universalité du droit des femmes.

Les actions de la Ligue ont souvent défrayé la chronique, même si le public et le mouvement féministe lui-même, a souvent ignoré le nom du groupe qui les avait organisées:
les "mères d'Alger"- ces françaises dont les enfants avaient été enlevés par l'ex-conjoint algériens- aboutissant à la signature d'une convention bilatérale exemplaire, bras de fer avec le Comité International Olympique pour réclamer une juste place des femmes aux Jeux Olympiques et contester l'irruption de femmes voilées en contradiction avec la Charte Olympique... combat judiciaire réussi pour la reconnaissance du caractère sexiste du meurtre de Sohane, morte brûlée vive à Vitry- sur-Seine. Enfin, encore et toujours, les procès d'excision en Cour d'assises sans lesquels la France ne serait pas donnée en modèle aux autres pays européens...

Un point commun à toutes ces actions: le refus de la régression des droits des femmes sous des prétextes culturels ou religieux.

Pour se procurer ce petit fascicule (76 pages, 5 euros) envoyez votre demande à : annie.sugier @ gmail.com


"FEMMES VOILEES AUX JEUX OLYMPIQUES"



Sous le nom de « Comité Atlanta + », la Ligue mènera un combat de 20 ans pour exiger du CIO que toutes les délégations nationales aux Jeux Olympiques respectent les principes de non discrimination et de neutralité politique et religieuse inscrits dans la Charte Olympique, sous peine d'exclusion des JO, comme ce fut le cas pendant 30 ans pour l'Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid.

Le combat a été en partie gagné : alors que 35 délégations ne comportaient aucune femme en 1992, aux JO de Londres en 2012 aucun pays n'osait plus afficher que des hommes.

Par contre la règle de neutralité politique et religieuse, pourtant fondamentale, n'est pas respectée : aux JO de Londres on a pu compter 17 délégations avec des femmes voilées.

 Lien : http://www.editionsjourdan.com/



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