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EXCISION DANS LE MONDE AFRICAIN

Commission pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (CAMS) (parution au J.O n° 1482 du 20/03/1996 n° annonce 2702)

Que de chemin parcouru depuis le « arrêtez de fouiller dans notre petite culotte » de Lucia Kabore, responsable des veuves et des orphelins du Burkina-Fasso à Naïrobi en juillet 1985 à la demande pressante de la même Lucia Kabore en 1993 = « A l’époque, la famine, les guerres nous semblaient prioritaires, dit-elle. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil. Je vous demande de nous aider à protéger nos sœurs et nos filles. Ce qui leur arrive concerne toutes les femmes. Aidez-nous, en faisant respecter vos lois. En faisant savoir qu’en Afrique, et tout particulièrement au Burkina-Fasso, nous luttons contre ces coutumes qui mutilent et nuisent à la santé de la mère et de l’enfant ». Loin d’être isolés, ces propos de Mme Kabore rencontrent un écho favorable auprès d’autres femmes burkinabe, comme Clémentine Ouedraogo, présidente de Promo-femmes-développement, Angélique Ilboudo, présidente de l’amicale des enseignantes du primaire, auprès d’hommes aussi et même de chefs coutumiers (cf articles du Monde du 16.06.1983 et 19.07.1985).

La dénonciation des mutilations sexuelles féminines auprès des instances internationales a tardé et lorsqu’elle a enfin eu lieu, elle s’est d’abord heurtée à l’indifférence de ces instances.

Les opérations rituelles en question résultent de conceptions sociales et culturelles dont l’étude n’est pas de la compétence de l’Organisation Mondiale de la Santé (1958).

Mais, il y a eu la journaliste américaine, Fran Hosken, pour qui tout a commencé lors de son premier voyage au Kenya, en 1973. Depuis, elle n’a pas cessé de se battre contre ces pratiques et un livre « Les Mutilations sexuelles féminines » paru en France en 1983 (aux Etats-Unis en 1982) résume son combat et celui des Africains et Africaines, ainsi que les conséquences de ces pratiques barbares sur les fillettes et les femmes dans leur vie d’adultes.

En 1979, Fran Hosken eut droit, pour la première fois, à la parole au séminaire organisé par l’Office Régional de l’OMS pour la Méditerranée Orientale. En 1975, en France, Benoîte Groult, dans son livre "ainsi soit-elle" (paru aux éditions Grasset, réédition en 2000 précédé d’un texte "ainsi-soient-elles au 21ème siècle), au chapitre IV, la haine du c... s’est attaqué à son tour à cette mutilation sexuelle.

A Lausanne, le 25 avril 1977, Edmond Kaiser, fondateur de Terre des Hommes, infatigable défenseur des enfants maltraités, a jeté un pavé dans la mare (las du refus d’action des instances internationales de protection de l’enfance) en organisant une conférence de presse dédiée aux souffrances résultant des mutilations sexuelles féminines et pour demander que la XXXème Assemblée Mondiale de la Santé choisisse ce thème fondamental des mutilations féminines pour ses travaux.

Deux films furent projetés au cours de cette conférence, deux films sans concession qui ont levé le voile sur la « réalité ». Le livre de Pierre Leuliotte « Le viol des viols » publié chez Laffont en 1980 reprend les étapes de ce combat d’Edmond Kaiser auprès des instances internationales.

Depuis, le débat est vraiment devenu public.

Trente millions de mutilées
Le monde 28 février 1979

Khartoum – Elles sont aujourd’hui au nombre de trente millions, selon des estimations sans doute inférieures à la réalité. Trente millions de femmes et de petites filles excisées, cousues, infibulées, à l’aide de lames de rasoir, de couteaux, de tessons de bouteilles, de silex, d’épines d’acacia. Trente millions d’ »invalides érotiques », pour reprendre l’expression de Benoîte Groult (« Ainsi soit-elle »). C’est pour s’élever contre les mutilations sexuelles féminines qu’une conférence internationale – à laquelle ont participé moins de soixante délégués – vient d’être réunie discrètement à Khartoum, au Soudan, sur l’initiative du Bureau Régional pour la Méditerranée Orientale (Alexandrie) de l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S), avec l’aide du gouvernement soudanais.
Que ces faits aient pu être exposés si discrètement que ce soit et en présence d’un auditoire aussi restreint, est riche de signification. Il sera sans doute difficile, après la conférence de Khartoum, pour les gouvernements de ces pays, de conserver une attitude de prudente neutralité à l’égard de pratiques militantes qui touchent… la moitié de leurs populations […].

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