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Hommage rendu par le Comité Laïcité et République à Anne-Marie Lizin

Un hommage a été rendu par le Comité Laïcité et République à Anne-Marie Lizin lors de la remise des prix 2015 à la Mairie de Paris par Patrick Kessel

Lors de funérailles à Huy, le 23 octobre 2015, la présidente de la LDIF avait rappelé le rôle d'Anne-Marie Lizin figure internationale du féminisme:

Je suis à la fois fière et émue de m’exprimer aujourd’hui pour rendre hommage à notre amie Anne-Marie.
Nous nous sommes rencontrées il y a plus de trente ans.
Elle était eurodéputée, j’étais militante d’une association créée et présidée par Simone de Beauvoir : la Ligue du Droit International des Femmes.
Nous nous sommes connues par courrier à propos d'un sujet qui est toujours d’actualité : le statut de réfugié(e) pour les femmes victimes de violences du fait de traditions d’un autre âge. En France nous avions saisi le Ministère des Affaires étrangères, de son côté Anne-Marie avait déposé une résolution au Parlement Européen.
Action pionnière signifiant que les violences extrêmes dont sont victimes les femmes, en raison de leur sexe, ne sont ni des affaires privées, ni seulement des affaires internes à un Etat, mais conduisent à des situations devant mobiliser la communauté internationale.
La suite : ce seront trente années de combats en commun, chacune de sa place et avec ses outils. Nos combats nous les avons souvent menés à partir de faits d’actualité qui ont défrayé la chronique : les enlèvements d’enfants issus de couples mixtes, les crimes dits d’honneur, l’excision, les violences contre les jeunes filles des cités, et ces dernières années, la régression du droit des femmes en raison de la montée des intégrismes.
C’est l’universalité du droit des femmes, indépendamment des religions et des cultures, que nous défendions.
Nous l'avons aussi fait sur un terrain d’action nouveau : l’Olympisme, régi par une loi unique fondée sur des principes universels, la Charte Olympique, qui interdit tout discrimination et impose la neutralité politique et religieuse. Une forme exigeante de laïcité.
***
Anne-Marie menait ses différentes activités de front, comme si la fatigue ne pouvait pas l’atteindre.
Mais ce que l’on ressentait vivement quand on la connaissait bien, c’était une tension très forte entre ses trois ambitions : sa ville, la politique Européenne dans le monde, et la cause des femmes. Une tension mais aussi une sorte de gourmandise, une façon de viser toujours le coup d’après.
Ce n’est pas un hasard si elle a été souvent la « première à ». Ou « l’une des premières à » oser…
Par exemple, à oser rencontrer Yasser Arafat, personna non grata pour les diplomates occidentaux, alors qu’elle-même était Secrétaire d’Etat. Ou encore lorsqu’elle devint la première femme Présidente du Sénat belge. Ou lorsque vice-présidente de l’OSCE, elle se rendit trois fois à Guantanamo et décrivit ce qu’elle y avait vu dans un livre
Et je ne peux oublier une autre préoccupation majeure que nous avons partagée : celle de la sécurité nucléaire.
Un domaine technique, complexe, dont je connaissais l’un des aspects du fait de mes fonctions en France. Je peux vous dire qu’elle ne se contentait pas de survoler le sujet. Elle avait cette capacité à saisir ce qu'il était important de savoir, et de détecter celles et ceux qui pouvaient l’y aider.
L’un de ses caractéristiques précieuse à nos yeux était sa compréhension de la complémentarité du politique et de l’associatif.
Elle ne se contentait de nous ouvrir les portes du fait de ses relations, ni d’être notre ambassadrice lors de conférences internationales ou de ses missions. Elle faisait effectivement avancer les dossiers.
Elle le faisait avec d’autant plus d’ardeur, qu’elle était convaincue que la question des femmes était centrale pour la résolution de la plupart des conflits qui ensanglantent le monde aujourd’hui, et notamment les conflits résultant de la pression des intégrismes religieux.
Son efficacité tenait aussi à sa personnalité que certains ont injustement critiquée sans la comprendre : oui, elle se plaçait volontairement dans la lumière, et elle prenait bien la lumière.
Si j’affirme que cette mise en lumière était une des clés de son efficacité, c’est parce que personne n'écoute un individu « lambda ». Il est condamné à l’impuissance. Même si ce qu’il pense ou dit est juste.
Le poids médiatique est une nécessité. Or il ne s'acquiert qu’en franchissant certaines lignes.
Dans le cas de la rencontre avec Arafat, par exemple, Anne-Marie avait effectivement demandé l’autorisation de son gouvernement pour une telle démarche, et l’avait obtenue à la condition que tout se fasse dans la plus grande discrétion. Mais le lendemain on l’a vue à la télévision embrassant Arafat.
Or c’est bien cette « publicité » qui avait rendu la rencontre utile.
Anne-Marie avait pris un risque calculé. Aujourd’hui nous savons qu’elle a eu pleinement raison.
Les liens internationaux sont comme les liens entre les individus, il faut les construire y compris en osant s’avancer le premier. Si la personne en face est de qualité, vous pourrez en attendre le meilleur.
La devise d'Anne-Marie : parler avec tout le monde, ou presque.
J’ai été frappée par ce que disait d’elle Boutros Boutros-Ghali, alors Secrétaire Général de la Francophonie : « Elle est une des rares responsables politiques qui s’est toujours intéressée au Tiers monde ». Anne-Marie avait d’ailleurs collaboré avec lui sur différents champs d'opération : Congo, Burundi, Rwanda.
Mais elle le faisait en ne cédant jamais sur ses convictions fondamentales : ce n’est pas elle que l’on aurait vu porter un tchador à Téhéran ou accepter qu’un visiteur même de haut rang refuse de lui serrer la main.
Je voudrais aussi vous parler des messages qui me sont parvenus pour saluer sa mémoire.
Ils sont révélateurs de l’attraction que pouvait exercer Anne-Marie Lizin sur les gens qu’elle rencontrait.
L’une des premières personnes à m’avoir fait part de son émotion et de son admiration est la grande philologue et psychanalyste, Julia Kristeva. Et aussi : Danièle Sallenave, écrivaine et académicienne, Sylvie Le Bon de Beauvoir, écrivaine, fille adoptive de Simone de Beauvoir, le journaliste-écrivain Gérard Bonal, grand spécialiste de Colette, Josyane Savigeau, présidente du « jury du prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes ».
Je pourrais vous citer aussi des historiennes, des socioloques, des journalistes (Malka Marcovitch, Chalah Chafik, Gérard Biard de Charlie Hebdo et tant d’autres).Des femmes politiques comme Yvette Roudy, ancienne ministre, la sénatrice Michèle André, également ancienne ministre…). De nombreuses associations féministes et laïques ont réagi et nous ont fait connaître leur peine et leur admiration pour Anne-Marie. Elles sont trop nombreuses pour que je puisse vous les citer toutes : Michel, nous te remettrons chacun de leurs messages.

L’un des plus touchant est celui de Soad Baba Aïssa , responsable de l’Association pour la mixité, l'égalité et la laïcité en Algérie.

Le voici :
«  Je garde en mémoire une Femme avenante et à l'écoute des femmes qui l'interpellaient, l’interrogeaient, prête à s’engager pour et avec elles.
« Je garde le souvenir d'une Femme pleine d'allant, d'humour et d'optimisme pour affronter et dénoncer les atteintes aux droits fondamentaux des femmes, défendre la laïcité et l'universalité des droits.
« Je garde le souvenir d'une Femme politique courageuse face à l'adversité et la bêtise. 
« Je garde le souvenir d'une Féministe combative dans ce monde politique compatissant et complice vis-à-vis  de gouvernements hostiles aux droits des femmes. Elle s’est engagée dans des combats qui n'étaient pas faciles et pour lesquels elle n'a jamais baissé les bras. 
« Je garde le souvenir d'une GRANDE DAME dans notre histoire commune du FEMINISME.
« Pour Anne Marie LIZIN, aucune frontière n'était infranchissable pour l'UNIVERSALITE  DE NOS COMBATS ». 


Simone Veil disait d’elle «. Nous avons la même vision du combat pour le droit des femmes, qu’elle mène avec fougue. Elle est chaleureuse, elle mène le combat joyeusement ».

Cette fougue, cette joie de vivre, c'était tout Anne-Marie


Anne-Marie Lizin restera pour l'Histoire à la fois une figure marquante de la vie politique internationale et une grande féministe.

Elle était notre amie, elle était notre Anne-Marie.

Annie Sugier

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