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pétition ETES-VOUS POUR OU CONTRE LE PORT DE LA BURQA ? VOTEZ !!!

Lisez les auditions de la mission Gérin et répondez à la pétition "ETES-VOUS POUR OU CONTRE LE PORT DE LA BURQA ? VOTEZ !!!"

>> ETES-VOUS POUR OU CONTRE LE PORT DE LA BURQA ? VOTEZ !!!
>>
>> N¹hésitez-pas à émettre votre avis sur
>> http://www.petition.fm/petitions/burqa/
>>
>> Audition de Mme Élisabeth Badinter, philosophe,
>> par la mission d¹information sur le port de la burqa de l'Assemblée Nationale
>> (retrouvez tous les textes des auditions sur
>> http://burka-burqa.blogspot.com/ )
>> M. le président André Gerin. Nous avons le plaisir de recevoir Mme Élisabeth
>> Badinter, écrivain et philosophe, que je remercie de sa présence parmi nous.
>> Vous avez, Madame, contribué de manière originale au débat sur la condition
>> des femmes et le féminisme. (S)
>>
>> Mme Élisabeth Badinter. Je commencerai par rappeler un souvenir qui nous est
>> sans doute commun : le choc ressenti la première fois que nous avons vu à la
>> télévision, il y a à peine dix ans, les femmes fantômes d¹Afghanistan.
>> L¹image de ces femmes enfermées dans leur burqa, un mot qui nous était à
>> l¹époque inconnu, est à tout jamais liée aux talibans, à la lapidation, à
>> l¹interdiction de l¹école pour les fillettes, en bref à la pire condition
>> féminine du globe ­ et, en ce domaine, la concurrence est féroce. Je n¹aurais
>> pas été plus choquée si j¹avais vu des hommes promener leur femme en laisse.
>>
>> Qui pouvait penser alors que des femmes oseraient revendiquer de se promener
>> dans cette tenue dans les villes françaises ou que des hommes pourraient
>> contraindre des femmes à la porter ? Franchement, personne. Qui pouvait
>> penser alors que nous serions réunis aujourd¹hui en nous demandant : que
>> faire ? Quel que soit le nombre de femmes ­ 300 ou 3 000 ­ qui dissimulent
>> leur visage en France, force est de constater qu¹il n¹y en avait pas une
>> seule il y a quelques années, et le nombre ne fait rien à l¹affaire. N¹y en
>> aurait-il qu¹une qu¹il faudrait se poser la question des principes ainsi
>> remis en cause. Or, il s¹agit précisément des idéaux du triptyque républicain
>> : le port du voile intégral piétine littéralement les principes de liberté,
>> d¹égalité et de fraternité.
>>
>> Je ne m¹appesantirai pas sur le principe bafoué de l¹égalité des sexes,
>> évoqué de nombreuses fois en tous lieux. À mes yeux, il n¹est pas négociable,
>> mais j¹observe qu¹il existe de l¹égalité des sexes deux appréhensions
>> opposées. L¹une, la nôtre, celle des démocraties, est celle que l¹on retrouve
>> dans la Déclaration universelle des droits de l¹homme et que l¹on peut
>> résumer en quatre mots : mêmes droits, mêmes devoirs. Ici, la notion
>> abstraite d¹humanité l¹emporte sur les différences biologiques, notamment sur
>> la différence sexuelle. Puis il y a l¹autre, celle des obscurantistes, celle
>> aussi dont ont usé certains démocrates sincères, les naturalistes. Pour eux,
>> droits et devoirs diffèrent selon les sexes ; les sexes sont égaux dans leurs
>> différences. C¹est le modèle de la complémentarité des sexes, où l¹un est ce
>> que l¹autre n¹est pas. L¹idée fédératrice d¹une humanité commune, d¹une
>> citoyenneté abstraite, n¹a plus cours. Nos droits et nos devoirs sont
>> différents, mais ils seraient équivalents. C¹est une conception que j¹ai
>> toujours combattue, y compris quand c¹était à l¹avantage des femmes, par
>> exemple lors du débat sur la parité.
>>
>> S¹agissant du principe de liberté auquel font appel certaines femmes qui
>> portent le voile intégral, je souligne qu¹à côté des « revendicatrices » qui
>> s¹expriment volontiers dans les médias, il y a toutes les autres, les
>> soumises, les bâillonnées, celles que l¹on ne pourra jamais entendre et en
>> tout cas jamais entendre se plaindre. Autant dire que, déjà, les dés sont
>> pipés : comme seules les premières s¹expriment, on oublie les autres, on fait
>> comme si elles n¹existaient pas. J¹ai même entendu dire au cours d¹un débat
>> que s¹il en existe, de ces femmes opprimées, « elles n¹ont qu¹à s¹adresser
>> aux services sociaux ». La belle blague ! Comme si elles pouvaient
>> effectivement aller se plaindre aux services sociaux ­ qui, d¹ailleurs, n¹en
>> pourraient mais ! N¹y aurait-il que très peu de femmes contraintes par leurs
>> proches ou par des religieux radicaux qu¹il faudrait leur porter secours.
>> C¹est à elles qu¹il faut penser, et qu¹il faut donner les moyens légaux de se
>> libérer.
>>
>> Venons-en aux « revendicatrices », qui en appellent à deux de nos libertés
>> démocratiques : la liberté de se vêtir comme on le souhaite et la liberté de
>> conscience. Personne ne songe à les empêcher de mettre les vêtements qu¹elles
>> veulent où elles veulent. Mais le visage n¹est pas le corps et il n¹y a pas,
>> dans la civilisation occidentale, de vêtement du visage. Par ailleurs, la
>> liberté qu¹elles invoquent pour elles est complètement bafouée dans les
>> banlieues pour celles qui sont nos s¦urs, nos filles, et qui veulent vivre
>> comme tout le monde. Vous le savez fort bien, de trop nombreuses jeunes
>> filles sont interdites, en France, de robe et de jupe. Que fait-on pour elles
>> ? Que fait-on pour que soit respectée, pour ce qui les concerne, la liberté
>> de se vêtir comme elles l¹entendent ? Ces jeunes filles sont déjà soumises à
>> de multiples pressions de la part de leur environnement familial et social
>> visant à ce qu¹elles cachent leur corps sous des survêtements informes, sous
>> peine d¹être traitées de « putes » et pour éviter des agressions physiques.
>>
>> Même si, à mes yeux, il y a une différence entre voile, niqab et burqa,
>> comment ne pas comprendre que la multiplication du nombre de jeunes filles
>> qui portent le voile a un impact croissant sur celles qui ne veulent pas le
>> porter, et pour lesquelles le refus devient de plus en plus difficile ? Je me
>> suis trouvée un jour avec Sihem Habchi, que vous venez d¹entendre, au collège
>> Françoise-Dolto, à Paris, là où avait été tourné le film Entre les murs, pour
>> y engager un dialogue avec les collégiens, après que le film La journée de la
>> jupe leur eut été projeté. Une poignée seulement des collégiennes présentes
>> portait une jupe. Alors que, me tournant vers l¹une des autres, d¹origine
>> maghrébine, je lui faisais valoir qu¹elle pourrait en faire autant, j¹ai
>> entendu une réponse qui m¹a épouvantée : « Les Françaises le peuvent, mais
>> pas les Arabes ». Assis à ses côtés, un adolescent âgé sans doute de 14 ans a
>> ajouté : « Chez nous, on met le voile, pas la jupe »S
>>
>> Si, donc, on laisse le voile intégral se banaliser, il deviendra peu à peu,
>> inévitablement, l¹uniforme de la suprême pureté que l¹on réclamera des jeunes
>> filles et, à son tour, il gagnera progressivement des adeptes au sein des
>> milieux les plus traditionnels où, évidemment, les jeunes filles ignorent
>> leurs droits. Pour dire les choses brutalement, on prend la voie du : « la
>> burqa, c¹est mieux que le voile » ­ et alors il sera toujours plus difficile
>> aux jeunes filles concernées de dire « non » au voile et de lui préférer la
>> jupe. Or, si nous avons une liberté de se vêtir à défendre, c¹est celle-là.
>>
>> Au passage, à ceux qui disent que c¹est à la loi du 15 mars 2004 « encadrant,
>> en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues
>> manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées
>> publics » que l¹on devrait la démultiplication des femmes voilées dans
>> l¹espace public, je leur dis qu¹ils se trompent. Dans tous les États d¹Europe
>> on observe l¹augmentation massive du port du voile alors même que ces pays
>> ignorent la loi de 2004 et, dans les pays du Maghreb, on est frappé de voir
>> chaque année des femmes voilées en nombre toujours plus grand ­ et de plus en
>> plus rigoureusement voilées.
>>
>> Les femmes sont instrumentalisées pour être l¹étendard bien visible de
>> l¹offensive intégriste, des intégristes en tous points hostiles aux principes
>> démocratiques de l¹Occident et en particulier à l¹égalité des sexes. Face à
>> cela, devons-vous détourner le regard, mettre un mouchoir sur les principes
>> chèrement acquis qui fondent notre « vivre ensemble » ?
>>
>> Je rappellerai ensuite que, contrairement à ce qui se passe dans les pays
>> anglo-saxons, la liberté de conscience et d¹expression n¹est pas complète en
>> France. Nous combattons les idéologies destructrices que sont, par exemple,
>> le nazisme, le racisme, l¹antisémitisme. Nous combattons toutes les
>> idéologies qui portent atteinte à la dignité humaine. Nous luttons contre les
>> sectes qui, elles aussi, en appellent à la liberté de conscience, car nous
>> considérons précisément qu¹elles embrigadent les esprits, lesquels en perdent
>> leur liberté de penser. D¹ailleurs, tous ceux qui parviennent à s¹arracher
>> aux griffes des sectes reconnaissent ensuite qu¹en leur sein ils n¹avaient
>> plus de volonté propre.
>>
>> Or, le port du voile intégral est l¹étendard des salafistes, considérés comme
>> une secte offensive par la plupart des musulmans. Pourquoi ferions-nous une
>> exception pour cette secte-là, qui prône une servitude volontaire conduisant
>> à une sorte d¹auto-mutilation civile par invisibilité sociale ? On aurait
>> tort de comparer les femmes revêtues du voile intégral aux nonnes cloîtrées
>> d¹antan, car si ces religieuses étaient recluses et invisibles aux autres,
>> les femmes dont nous parlons aujourd¹hui sont souvent mariées, parfois mères
>> de famille, et elles entendent s¹imposer dans l¹espace public sans identité,
>> sans corps, sans peau, bref en ayant pris soin d¹effacer tous les signes de
>> l¹humanité.
>>
>> Je tiens enfin à souligner combien le port du voile intégral est contraire au
>> principe de fraternité ­ ce principe fondamental auquel on a si peu souvent
>> l¹occasion de se référer ­ et, au-delà, au principe de civilité, du rapport à
>> l¹autre. Porter le voile intégral, c¹est refuser absolument d¹entrer en
>> contact avec autrui ou, plus exactement, refuser la réciprocité : la femme
>> ainsi vêtue s¹arroge le droit de me voir mais me refuse le droit de la voir.
>> Outre la violence symbolique de cette non réciprocité, je ne peux m¹empêcher
>> d¹y voir l¹expression d¹une contradiction pathologique : d¹une part, on
>> refuse de montrer son visage au prétexte que l¹on ne veut pas être l¹objet de
>> regards impurs ­ incidemment, c¹est avoir une singulière vision des hommes
>> que de penser que tout homme regardant une femme ne pense qu¹à la violer ­,
>> d¹autre part, on se livre à une véritable exhibition de soi, tout le monde
>> fixant cet objet non identifié. En suscitant ainsi la curiosité, on attire
>> des regards que l¹on n¹attirait peut-être pas quand on allait à visage
>> découvert ­ bref, on devient un objet de fantasme.
>>
>> Dans cette possibilité d¹être regardée sans être vue et de regarder l¹autre
>> sans qu¹il puisse vous voir, je perçois la satisfaction d¹une triple
>> jouissance perverse : la jouissance de la toute-puissance sur l¹autre, la
>> jouissance de l¹exhibitionnisme et la jouissance du voyeurisme. Aussi, quand
>> j¹entends certaines femmes expliquer qu¹ainsi vêtues elles se sentent mieux
>> et qu¹elles se sentent protégées ­ mais de quoi ? ­, je veux bien les croire,
>> mais je pense qu¹il s¹agit de femmes très malades et je ne crois pas que nous
>> ayons à nous déterminer en fonction de leur pathologie.
>>
>> En conclusion, il nous faut choisir entre deux libertés invoquées : doit-on
>> respecter la liberté de se couvrir le visage en considérant que le voile
>> intégral est un vêtement comme un autre, ou devons-nous au contraire protéger
>> la liberté des plus faibles, celles qui n¹ont pas le droit à la parole et
>> qui, de facto, n¹ont déjà plus le droit de se vêtir comme elles l¹entendent ?
>> Pour ma part, je ne vois pas dans le voile intégral un vêtement comme un
>> autre et je considère que son port marque une rupture du pacte social, un
>> refus d¹intégration et un refus du dialogue et de la démocratie.
>>
>> Enfin, si l¹on ne fait rien, on abandonnera à leur sort toutes celles qui ne
>> rêvent que de vivre comme tout le monde mais qui sont de plus en plus
>> pressées de se soumettre au pouvoir religieux ou, pire encore, aux
>> traditions. Nous avons toujours trop attendu pour lutter contre des pratiques
>> traditionnelles insupportables, telles la polygamie ou l¹excision. Nous
>> devons rompre avec cette attitude relativiste, paresseuse et bien-pensante
>> selon laquelle toutes les traditions sont respectables, alors qu¹elles ne
>> sont pas toutes respectables. Comme Descartes, mon maître, je suis
>> profondément convaincue que nous devons nous plier aux us et coutumes du pays
>> dans lequel nous vivons. On peut certes les faire évoluer, mais cela doit
>> être collectivement et dans le respect du triptyque républicain.
>>
>> M. le président André Gerin. Je vous remercie, Madame, pour ces propos
>> percutants, par lesquels vous avez mis en lumière un défi de civilisation et
>> d¹humanité.
>>
>> M. Jean Glavany. Je m¹associe à ces remerciements. J¹ai été particulièrement
>> frappé par la partie de votre exposé traitant du visage, de la visibilité et
>> de la non-réciprocité et je souhaite que notre mission se penche assidûment
>> sur ces questions qui ont, outre leur contenu philosophique, des aspects
>> sociaux et juridiques.
>>
>> J¹ai été tout aussi intéressé par l¹insistance avec laquelle vous appelez à
>> combattre ouvertement l¹idéologie talibane, comme nous luttons ouvertement
>> contre les autres idéologies qui nient la dignité humaine. À cet égard, il
>> serait particulièrement utile que notre président fasse diffuser aux membres
>> de la mission les documents distribués par les talibans après leur arrivée au
>> pouvoir en Afghanistan, dans lesquels ils indiquaient quels seraient
>> désormais les droits et les devoirs des femmes. La lecture de ces écrits
>> édifiants justifie à elle seule l¹obligation de combattre ouvertement cette
>> idéologie, comme vous nous y avez incités.
>>
>> M. Lionnel Luca. Vous considérez donc, Madame, que le voile intégral n¹est
>> pas un vêtement. C¹est un point de vue d¹un intérêt tout particulier au
>> moment où le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances s¹autorise
>> à dire que notre mission serait sans utilité et propre à semer la confusion,
>> au motif que chacun a le droit de se vêtir comme il l¹entend. J¹ai aussi
>> retenu de vos propos l¹arrogance profondément inégalitaire qu¹il y a à se
>> donner le droit de voir sans être vue.
>>
>> Ces questions nous ramènent à la première des auditions que nous avons
>> tenues, au cours de laquelle il nous a été dit que le Coran ne prescrit pas
>> le port du voile intégral et qu¹il s¹agit d¹une tradition pachtoune
>> antérieure à l¹islam. Quant au niqab, c¹est, nous a-t-on expliqué, une
>> invention des salafistes, d¹une secte donc, comme vous l¹avez justement
>> relevé, qui prétend en revenir aux sources de l¹islam, dans une version
>> intégriste. Pourriez-vous préciser ce que vous entendez quand vous dites à ce
>> sujet que le port du voile intégral est « l¹étendard des salafistes ? »
>>
>> M. Jacques Myard. On imagine effectivement mal Jeanne Hachette conduire des
>> guerriers revêtue d¹un voile intégral. Le problème est que nous parlons de
>> deux civilisations qui n¹ont pas le même rapport au corps. Alors que la
>> statuaire gréco-romaine égrène une série de nus, hommes et femmes, dans
>> l¹autre optique on cache le corps, quel qu¹il soit. Pourriez-vous nous dire
>> quelles conséquences cela emporte en matière d¹égalité des sexes ?
>>
>> M. Christian Bataille. Je vous remercie, Madame, d¹avoir brillamment défini
>> ce qu¹est le voile intégral et souligné qu¹il ne s¹agit pas d¹un vêtement
>> comme un autre, contrairement à ce qu¹avancent certains en insistant sur le
>> fait qu¹après tout chacun est libre de se vêtir comme il l¹entend. Vous avez
>> démontré que la burqa porte des valeurs contraires à celles qui fondent notre
>> république, héritière des Lumières. Mais vous n¹avez rien dit du «
>> libéralisme civique ». Pourtant, le problème se pose, et Mme Sihem Habchi,
>> que nous avons entendue ce matin, a stigmatisé devant nous le laisser-faire
>> des autorités britanniques qui ont laissé se développer le port du voile
>> intégral. Face à l¹agression que les extrémistes salafistes vont faire subir
>> à nos sociétés, cette approche n¹est-elle pas dépassée ?
>>
>> Mme Élisabeth Badinter. N¹étant pas une spécialiste de l¹islam, je n¹ai pas
>> qualité pour traiter rigoureusement de ses rapports avec le salafisme. Ce que
>> j¹en ai dit correspond à ce que j¹ai entendu en dire M. Boubakeur et d¹autres
>> hautes autorités religieuses musulmanes, à savoir que le port de la burqa
>> n¹est pas un commandement religieux mais une tradition et qu¹un travail
>> pédagogique s¹impose pour le faire savoir. J¹ai d¹ailleurs fondé un grand
>> espoir sur ces déclarations, considérant que si les autorités religieuses
>> musulmanes les plus qualifiées prenaient les choses en mains, tout allait
>> s¹arranger. J¹ignore où elles en sont exactement, mais j¹ai le sentiment que
>> les choses sont difficiles et que, dans le même temps, de nombreux blogs
>> d¹ici et d¹ailleurs s¹attachent à enraciner l¹idée que l¹on serait en train
>> de stigmatiser la communauté musulmane.
>>
>> S¹agissant du rapport au corps, les conceptions sont en effet différentes
>> mais nous n¹avons pas à nous laisser imposer une conception qui n¹est pas la
>> nôtre. Or aujourd¹hui déjà, en France, des jeunes filles n¹ont plus vraiment
>> la liberté de se vêtir comme elles le veulent et, peu à peu, toutes leurs
>> libertés sont grignotées les unes après les autres : elles doivent se cacher
>> pour aller consulter au Planning familial ; prendre la pilule leur est
>> pratiquement impossible sauf à cacher la plaquette dans l¹escalierS
>>
>> Si, maintenant, nous acceptons de revenir sur nos principes parce qu¹il
>> s¹agit d¹un vêtement ou parce que l¹on feint de croire qu¹il s¹agit d¹une
>> liberté religieuse ou parce que l¹on est très relativiste et que l¹on
>> considère que toutes les traditions sont respectables, si, donc, nous cédons
>> sur ce point, c¹en est fini, car, d¹une certaine façon, la liberté
>> d¹habillement proclame en creux la liberté des droits : le droit à une
>> sexualité libre, le droit de ne pas être vierge quand on arrive au mariage et
>> de n¹avoir de comptes à rendre à personneS Toute une série de droits est
>> attachée à la liberté du corps, et je ne vois pas au nom de quoi des
>> traditions de l¹Est devraient s¹imposer à l¹Ouest. D¹autre part, à supposer
>> que j¹aille en Arabie saoudite, je serais obligée de mettre un voile ­ ce
>> pourquoi je n¹irai jamais. Mais si je m¹y rendais, je me conformerais
>> naturellement, aux coutumes de l¹islam radical des wahhabites ­ c¹est la
>> moindre des politesses.
>>
>> Le libéralisme compris comme un droit infini à la liberté d¹expression, tel
>> qu¹il existe en Angleterre ou aux États-Unis, où l¹on peut défiler en
>> arborant des insignes nazis, et bien non, ne vaut pas en France même si je
>> suis de celles et de ceux qui n¹aiment pas que l¹on étouffe la liberté
>> d¹expression ­ ce qui m¹a poussée à signer la pétition « Liberté pour
>> l'Histoire », lancée par Pierre Nora ­ et même si je pense que l¹on doit
>> pouvoir dire des choses y compris lorsqu¹elles ne sont pas politiquement
>> correctes. Cela étant, contrairement à la France, ni le Royaume-Uni ni les
>> États-Unis n¹ont été occupés. Notre histoire est différente et je considère
>> que l¹on doit poser des limites ­ les plus larges possibles ­ à la liberté
>> d¹expression, pour éviter que les esprits les moins critiques ne succombent à
>> des idéologies indignes. Le plus important est de faire ce que nous pouvons
>> pour ne pas laisser se répandre des poisons terribles. Or, il faut être sourd
>> et aveugle pour ne pas se rendre compte qu¹une offensive est en cours et que
>> l¹on veut voir si nous allons céder.
>>
>> Au risque de vous fâcher, Monsieur Glavany, car vous étiez aux affaires à
>> l¹époque, je rappellerai qu¹à l¹automne 1989 paraissait le manifeste Profs,
>> ne capitulons pas, un appel cosigné par cinq intellectuels, dont j¹étais.
>> Pourquoi ? Parce que M. Lionel Jospin, alors ministre de l¹Éducation
>> nationale, avait déclaré que les chefs d¹établissement devaient établir un
>> dialogue avec les parents et les jeunes concernés pour les convaincre de
>> renoncer au port de signes religieux ; mais il ajoutait que si ces
>> discussions échouaient, les enfants devaient être accueillis dans les
>> établissements publics. Il y eut ­ vous vous en souvenez sans doute ­ un
>> grand débat national à ce sujet. Vingt ans plus tard, j¹ai la faiblesse de
>> croire que, si le phénomène n¹est pas exactement le même, nous recommençons
>> la même chose qu¹à l¹époque et surtout que si nous avions dit alors fermement
>> à trois jeunes filles manipulées par des intégristes « nous n¹accepterons
>> jamais ça », tout ce serait arrêté. Je n¹aimerais donc pas que les réactions
>> soient les mêmes qu¹il y a deux décennies même si elles sont louables car
>> motivées par l¹idée de tolérance. Mais, parce que nous avons été tétanisés à
>> l¹idée que nous risquions d¹être intolérants, nous avons alors toléré
>> l¹intolérable.
>>
>> Si nous avions fait nôtre la conception anglaise, les jeunes filles seraient
>> entrées voilées en masse dans les établissements d¹enseignement et il n¹y
>> aurait quasiment plus aujourd¹hui dans les banlieues que des jeunes filles
>> portant des signes religieux. Cela étant, quinze années se sont écoulées
>> entre 1989 et 2004 ; nous avons attendu trop longtemps pour adopter une loi
>> mettant les choses au clair à ce sujet. Je ne suis ni juriste ni politique,
>> et mon propos n¹est pas de faire une analogie avec une loi relative au port
>> de la burqa. Ce qui me tient à c¦ur, c¹est que les plus hautes autorités
>> politiques rappellent à l¹ensemble du peuple français que non, nous ne
>> voulons pas de cela.
>>
>> Mme George Pau-Langevin. L¹élévation de vos propos suscite l¹admiration. Vous
>> avez souligné à juste titre que l¹on ne saurait assimiler cette pathologie ou
>> cette idéologie sectaire à l¹islam ; nous en sommes convaincus, et il me
>> paraît que nous devrions axer nos travaux sur la pathologie dans le rapport à
>> autrui que vous avez si bien décrite.
>>
>> Vous avez évoqué votre visite dans un collège du 20e arrondissement de Paris.
>> À ce sujet, plusieurs questions se posent. Ce qui nous inquiète est de ne pas
>> savoir comment lutter efficacement contre des comportements et une idéologie
>> sectaires qui se répandent parmi des jeunes qui ont grandi en France et qui,
>> comme tels, ont eu accès à l¹enseignement des valeurs issues des Lumières.
>> Quand, selon vous, des dysfonctionnements se sont-ils produits dans la
>> transmission des valeurs républicaines ? Comment faire pour rectifier le tir
>> et éviter que des jeunes gens ne soient séduits par une idéologie rétrograde
>> ?
>>
>> Élue du 20e arrondissement, je ne pense pas que les conceptions des
>> collégiens du collège Françoise-Dolto soient réductibles aux phrases que vous
>> avez citées. Mais ce collège, comme d¹autres de l¹arrondissement, se sont
>> transformés en établissements d¹exclusion. Certaines familles ont décidé de
>> scolariser leurs enfants ailleurs et les collégiens qui demeurent entre eux
>> se sentent relégués. N¹y a-t-il pas quelque chose à faire à ce sujet aussi ?
>>
>> Enfin, quelles sont les différences entre la conception de la pudeur en
>> France au XIXe siècle ­ époque à laquelle les femmes sortaient très couvertes
>> ­ et les exigences actuelles de l¹islam à ce sujet ?
>>
>> M. Pierre Cardo. J¹ai beaucoup apprécié, Madame Badinter, une bonne partie de
>> vos analyses. Ma conviction est que l¹on assiste à un combat contre les
>> valeurs de l¹Occident, la méthode choisie à cette fin étant d¹utiliser
>> l¹islam, en en déformant probablement les principes. Je partage sans réserve
>> l¹appréciation que vous portez sur l¹inégalité dans le rapport à autrui
>> induite par le port de la burqa et je pense, comme mes collègues, que là
>> devra être notre angle d¹approche. Pour autant, cette question ne représente
>> que le sommet de l¹iceberg. Après que nous l¹aurons réglée, si nous y
>> parvenons, quelles autres lignes de conduite devrons-nous adopter pour venir
>> en aide à toutes ces femmes qui, comme vous l¹avez souligné, ne s¹expriment
>> pas et qui sont dans l¹incapacité complète de s¹adresser aux services sociaux
>> ou à la police ? Au-delà du port du voile intégral, quel devrait être, selon
>> vous, le rôle du politique ? Comment s¹attaquer au problème de fond ?
>>
>> Mme Sandrine Mazetier. Après avoir, dans votre remarquable exposé, insisté
>> sur l¹irréfragable triptyque républicain, vous avez utilement rappelé,
>> Madame, qu¹il existe deux conceptions de l¹égalité et que nous ne devons pas
>> transiger. La nôtre, qui institue l¹égalité de traitement entre les hommes et
>> les femmes par indifférence aux sexes, doit être préservée. L¹autre, qui
>> sépare hommes et femmes en deux ensembles égaux mais irrémédiablement
>> différents, si elle est récusée, doit l¹être en tous temps et en tous lieux.
>>
>> Vous avez aussi expliqué que la burqa n¹a pas de lien particulier avec
>> l¹islam. Cela étant, toutes les religions n¹ont-elles pas un problème avec le
>> rapport au corps, en ce siècle encore ? Toutes les religions
>> n¹oppriment-elles pas les corps, ne les cachent-elles pas ? Que penser, par
>> exemple, de la vague d¹incitation à la préservation de la virginité jusqu¹au
>> mariage aux États-Unis ? En d¹autres termes, le soin mis avec raison à ne pas
>> stigmatiser l¹islam n¹a-t-il pas pour conséquence une grande bienveillance à
>> l¹égard des religions dans leur ensemble, alors que toutes entretiennent de
>> difficiles relations au corps, singulièrement au corps des femmes ?
>>
>> Enfin, le mouvement de retour à la pudeur, à la décence, n¹est-il pas à
>> mettre en relation, en France, avec le rejet contemporain des idées de mai
>> 1968, qui étaient aussi celles de la liberté des corps ?
>>
>> Mme Arlette Grosskost. Votre exposé, Madame Badinter, était particulièrement
>> intéressant. La République, c¹est la pluralité et la fraternité. Mais la
>> République est une et indivisible. Or je crains que la question qui nous
>> occupe ne traduise en réalité le fait qu¹une identité musulmane entend
>> s¹imposer à l¹identité française. Disant cela, je ne stigmatise pas l¹islam
>> mais une interprétation très particulière du droit à la différence qui
>> donnerait le droit à la contrainte. Le vrai problème est là. Comment, alors,
>> aller plus loin ? On parle d¹enseigner le fait religieux à l¹école, ce qui me
>> semble une excellente chose car cela augmentera la tolérance, le respect
>> mutuel et la connaissance d¹autrui. Mais ne doit-on pas, parallèlement,
>> inscrire dans les programmes scolaires le rappel des principes républicains
>> et en finir ainsi avec un certain laxisme à cet égard ?
>>
>> Mme Élisabeth Badinter. La maîtrise de leur corps par les femmes implique
>> aussi la liberté de se vêtir ­ et de se dévêtir ­ comme elles l¹entendent.
>> C¹est en France un acquis récent, qui a conduit à jeter momentanément
>> par-dessus les moulins l¹idée de pudeur. Je comprends que cela puisse
>> choquer, mais je pense que l¹on est près d¹assister à un retour de balancier
>> et à des comportements plus équilibrés. Cela étant, l¹argument de la pudeur
>> est incompréhensible pour ce qui concerne le visage, car point n¹est besoin
>> d¹être vêtue comme une Afghane ou comme une Saoudienne pour avoir une tenue
>> correcte. Aussi, je ne pense pas qu¹il soit bon d¹invoquer la pudeur pour
>> justifier le recours au voile intégral, car on peut être parfaitement pudique
>> sans aller jusque là.
>>
>> S¹agissant des orientations politiques souhaitables pour ce qui concerne les
>> femmes qui ne peuvent s¹exprimer, le travail à faire est considérable car les
>> personnes qui vivent en France ou qui souhaitent s¹y installer entendent des
>> autorités deux discours différents. Je vous donnerai un exemple de cette
>> situation. J¹ai une profonde admiration pour la Haute autorité de lutte
>> contre les discriminations et pour l¹égalité (HALDE) qui accomplit un travail
>> remarquable, mais j¹ai exprimé mon profond désaccord avec l¹un de ses avis.
>> Des femmes étaient arrivées en France qui portaient une burqa et qui
>> devaient, pour faciliter leur intégration, suivre des cours de français. Le
>> professeur leur a demandé d¹enlever voile et grillage pendant les cours car,
>> pour enseigner une langue, il faut voir les mouvements de la bouche de
>> l¹élève. Elles ont refusé de se dévoiler et ont déposé un recours pour
>> discrimination. Or, si la HALDE a été d¹avis qu¹il fallait enlever le voile
>> pour apprendre le français, elle n¹a nulle part mentionné qu¹en France on
>> doit retirer son voile parce que, dans notre pays, l¹on montre son visage !
>> Que des institutions et des associations très respectables tiennent des
>> discours différents complique beaucoup les choses. Peut-être faudrait-il un
>> débat national beaucoup plus large, qui permettrait de définir précisément ce
>> que nous souhaitons. S¹il est établi publiquement qu¹en France certains
>> principes ne sont pas négociables, cela sera su par tous ceux qui sont en
>> France et par ceux qui veulent s¹y installer.
>>
>> Je me suis entendu dire que refuser aux femmes entièrement voilées le droit
>> de sortir dans l¹espace public, c¹est les confiner chez elles. Elles seront
>> alors confinées chez elles, et c¹est tout ! D¹ailleurs, elles seront bien
>> obligées d¹en sortir pour aller faire les courses ! Au nom de quoi
>> devrions-nous accepter de piétiner nos principes pour quelques personnes ?
>> Déjà, certaines mairies ont consenti à instaurer des horaires de piscine
>> différents pour les deux sexes, au mépris de la mixité. Quand de tels signaux
>> sont donnés, pourquoi se priverait-on d¹essayer de contraindre de nouvelles
>> mairies à accepter ce que d¹autres ont déjà accepté ? Et c¹est ainsi que, de
>> fil en aiguilleS
>>
>> Nous pâtissons d¹une idéologie venue des pays anglo-saxons et qui se voulait
>> à la pointe de la tolérance : le différentialisme, que j¹ai toujours
>> combattu, y compris lorsqu¹il s¹agissait du féminisme. Le reliquat de cette
>> idéologie constitue un obstacle à un discours clair et unifié. Peut-être
>> faut-il parler à ces gens qui ont une autre conception des libertés, très
>> respectable en ce qu¹elle traduit un souci de tolérance et non une volonté
>> d¹oppression mais qui empêche la définition d¹une position commune. Un débat
>> national plus vaste est donc nécessaire entre démocrates pour se mettre
>> d¹accord sur le minimum commun que nous entendons faire respecter quoi qu¹il
>> arrive.
>>
>> Oui, les trois religions monothéistes ont toutes été misogynes ­ ainsi ai-je
>> eu l¹occasion de rappeler il y a peu que, dans les années 1950, le Vatican
>> était terriblement hostile à l¹accouchement sans douleur. Orthodoxes juifs,
>> intégristes musulmans et intégristes catholiques sont globalement hostiles au
>> corps de la femme, à sa libération, à la maîtrise de leur corps par les
>> femmes. Pour eux, le corps des femmes appartient aux hommes, car c¹est par là
>> que sont faits leurs filsS Depuis vingt ans, toutes les religions se
>> durcissent et l¹on assiste, pour des raisons identitaires, à un mouvement
>> général vers l¹orthodoxie au mieux, l¹intégrisme au pire. Or la liberté des
>> femmes passe évidemment d¹abord par la maîtrise de leur corps, et les
>> religieux n¹aiment pas cela.
>>
>> Il est tout à fait souhaitable que l¹école enseigne nos valeurs. Mais, vous
>> le savez, ce n¹est plus possible dans certaines écoles. Dans celles-là mêmes
>> où il est indispensable de transmettre les principes essentiels du vivre
>> ensemble et de la plus grande tolérance réciproque, il est déjà très
>> difficile sinon impossible aux professeurs de se faire entendre quand ils
>> évoquent ces thèmes. Des collègues enseignant dans certaines banlieues m¹ont
>> dit qu¹ils ne peuvent plus enseigner ce que fut la Shoah car on ne les croit
>> pas ; on prétend devant eux que c¹est de la blague !
>>
>> Je vous parais sans doute un peu découragée, mais cela ne signifie pas qu¹il
>> faut baisser les bras, et plus nous serons nombreux mieux ce sera. J¹observe
>> d¹ailleurs que, depuis que vous avez eu l¹idée formidable et saluée par tous
>> de constituer cette mission d¹information, les gens réfléchissent à la
>> question, et que les voix qui s¹élèvent pour dire « non, on n¹est pas
>> d¹accord pour cela » ont de l¹effet sur des jeunes femmes qui pourraient être
>> tentées par des mouvements radicaux. Cet effet, direz-vous, ne peut être
>> mesuré. C¹est vrai, mais le fait qu¹à vous tous vous incarniez une
>> représentation de la France est un premier pas, important, sur la voie qui
>> s¹impose, celle de la pédagogie.
>>
>> M. le président André Gerin. Madame, je vous remercie pour ces propos
>> éclairants.

 Lien : http://www.petition.fm/petitions/burqa/

LDIF, La Ligue du Droit International des Femmes
6 place Saint Germain des Près 75005 PARIS France
Fax : +33.1.45.49.16.71