LDIF, Ligue du Droit International des Femmes
A LA UNE LA LDIF VIOLENCES SPORT INTERNATIONAL
TRAVAIL CITES LAICITE MATERNITE CONTACT

LDIF > Liberté, Egalité, Fraternité... Laïcité

Une héroïne Yéménite aux universités Populaires de NPNS

La Table ronde de Ni Putes Ni Soumises sur la burka

lundi 14 décembre 2009, par Annie Sugier

Vendredi soir à Sciences P

o

Encore une fois NPNS a pris une bonne initiative en organisant comme introduction à ses universités populaires des 11 et 12 décembre dans les locaux de Sciences Po, une table ronde sur la burka.

La plupart des intervenantes étaient clairement en faveur d’une réaction sans ambigüité de la part des pouvoir publics français : la jeune Saoudienne Lubna AL HUSSEIN, condamnée pour avoir porté un pantalon au Soudan, la Yéménite Amal BASHA, Présidente d’une ONG pour le droit des femmes, la journaliste italienne Giulana SGRENA ( auteure du livre ‘Le Prix du Voile’), la philosophe Elisabeth BADINTER, l’Algérienne ancienne directrice à l’Unesco, Wassila TAMZALI ( auteure du livre « Une femme en colère »). Il y avait aussi l’ancienne ministre Nicole Ameline, qui est intervenue de la salle, et enfin en conclusion notre amie Michèle Vianés, présidente de « regards de femmes » et Sihem Hachbi la présidente des NPNS.

Deux fausses notes pourtant qui ont provoqué des réactions virulentes de la salle : Nicole Guedj, l’ancienne ministre (« je n’ai pas envie d’être radicale(…)l’interdiction dans les lieux publics choque la conscience générale(…) ma religion n’est pas faite (…) il faut que le débat s’installe, il faut prendre du temps ») et surtout Danièle HOFFMAN RISPAL, députée PS de Paris et membre de la mission Gérin dont aurait pu comprendre (à la rigueur ) qu’elle ne veuille pas anticiper sur les conclusions d’une mission en cours, mais qui donnait surtout l’impression d’être tiraillée entre son rejet sans doute sincère de la burqa et un sentiment d’impuissance face aux arguments des juristes auditionnés, à la peur de stigmatiser, à la compassion vis-à-vis de ces femmes qui « mettent le voile pour se protéger »… Ce qui conduisit Elizabeth Badinter à répliquer, qu’elle aussi avait entendu les arguments des juristes, son mari en étant un, « mais moi j’ai choisi sans la moindre ambigüité celles que l’on veut défendre ! ».

La journaliste italienne quant elle s’exclama « la gauche tolère ce qui ne doit pas l’être ; le relativisme culturel, moi je suis intolérante ! », propos qui firent pousser des exclamations indignées à notre députée socialiste. La saoudienne Loubna rappela qu’en fait le voile non seulement est un élément d’oppression mais qu’il n’a jamais empêché les femmes de se faire voiler et agresser. Wassyla Tamzali, eut des parole très fortes à la fois sur la réalité géopolitique du lâchage des gouvernements face aux exigences islamistes sur le dos des femmes mais aussi sur le non sens du concept d’islamisme modéré (« il faut le refuser ! La clé elle est dans les musulmans silencieux, ce sont eux qui doivent descendre dans la rue »). Nicole Ameline a martelé la nécessité d’une loi, Michèle Vianés a rappelé que « la loi protège le plus faible »et Sihem Hachbi a exhorté les législateurs à jouer leur rôle et refuser la ségrégation.

Pour rendre compte de cette table ronde, il faudrait en dire bien plus sur chacune de ces interventions, mais la priorité aujourd’hui me semble être de laisser la parole à l’invitée Yéménite car elle éclaire le combat que nous menons ici mieux que n’importe quel discours.

- Au Yémen c’est le voile ou la vie : mais 30 femmes résistent !

Amal Basha, tête nue, cheveux mi-courts, un mélange d’autorité et de lassitude dans son regard, déroule avec naturel l’histoire d’une horreur : la vie des femmes au Yémen et sa vie de résistante. Elle est assise à la tribune à côté de Lubna Al Hussein, la jeune femme Soudanaise dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans un précédent RL. Entre elles une jeune femme qui fait l’interprète.

« Au Yémen dit-elle, 99,9% des femmes portent la burka. Il y a 21 millions d’habitants, et environ 10 millions de femmes, pas plus de 30, comme moi, sortent le visage et les cheveux découverts. On dit qu’il faudrait élever des statues pour ces trente femmes ! Elles sont en première ligne ».Bizarrement lorsqu’elle assène cette évidence, elle ne dit pas « nous », comme si elle prenait de la distance par rapport à son propre héroïsme.

« Ce serait, dit-on, un ordre de Dieu, mais qui peut dire que Dieu s’occupe du visage des femmes ? Pourquoi les hommes ne mettent-ils pas la burka ? Ils nous disent que les femmes sont source de séduction, mais pour nous les hommes le sont aussi, or nous les voyons sous la burka, les trous au niveau des yeux n’empêchent pas de voir. Les femmes sont enterrées vivantes pour éviter la honte de la famille. Cette tente noire qui les empêche d’intégrer l’espace public sauf à travers deux petits trous, est une annihilation totale de la présence de la femme. On dit que c’est une punition pour le péché d’Eve qui a fait sortir Adam du Paradis terrestre ».

A ce moment de son discours Amal revient à sa propre histoire, et se souvient de la petite fille qu’elle fût. « J’avais 9 ans, lorsque pour la première fois mon père m’a obligée à la porter. C’était une punition car j’étais allée au cinéma sans en informer mes parents ! J’ai gardé la burka jusqu’au décès de mon père. J’avais l’impression d’étouffer, je tombais souvent sur le chemin de l’école. En fait j’ai haï la burka et je me demandais, mois après mois, est-ce que Dieu veut m’infliger cette punition, cette torture ? J’ai beaucoup lu et j’en ai conclu que ni le voile ni la burka n’étaient imposés par la religion. Ce qu’il y a c’est un appel à la pudeur pour les deux sexes. Le Coran dit « détournez vos regards » mais je n’ai pas l’impression que dans les pays arabes les yeux nous dévorent moins que dans le pays occidentaux, au contraire ! En fait le voile et la burka c’est un phénomène caractéristique du discours de l’homme arabe musulman qui veut soumettre la femme, qui en arrive à annihiler la femme et lui interdit la possibilité de prendre conscience de beaucoup de choses ».

Mais que pense-t-elle de ces femmes qui ici, en France disent que c’est leur choix ? La réponse est lapidaire « Je n’accepte pas ce que l’on dit, que ce serait le libre choix de la femme ! En fait les institutions religieuses et les extrémistes disent que la femme ne pourra pas sentir le parfum du paradis si elle ne porte pas la burka. Ils disent aussi que le jour du jugement dernier, celle qui n’aura pas porté le voile arrivera traînée par les cheveux. Finalement c’est par la terreur que les femmes sont conditionnées à porter la burka ».

L’espoir n’est pas de mise, car au lieu de régresser la burka n’a fait que progresser. La preuve ? « Je viens d’un pays qui était coupé en deux, le Yémen du Nord et me Yémen du Sud. Dans le Sud il n’y avait pas de voilées. Depuis 19 ans, avec la réunification, toutes les femmes sont voilées. C’est l’Islam saoudien avec les pétrodollars qui est arrivé. C’est l’argent qui parle. Même pendant le pèlerinage à la Mecque où l’on voyait toutes les femmes en blanc, maintenant on voit … des petits points noirs. Le voile ou la burka c’est un jumeau du terrorisme ».

Et puis de nouveau Amal revient à son cas personnel, comme pour exorciser l’angoisse qui ne doit pas souvent l’abandonner : « Il y une semaine, dit-elle, alors que je sortais du tribunal un homme m’a attaqué et m‘a jeté de l’eau sur la figure. En général c’est du vitriol qu’on envoi à la figure des femmes non voilées. J’avais si peur que j’étais comme paralysée. Je me disais : vais-je continuer à mettre a vie en danger ou mettre le voile pour protéger ma vie ? »

Annie Sugier

LDIF, La Ligue du Droit International des Femmes
6 place Saint Germain des Près 75005 PARIS France
Fax : +33.1.45.49.16.71