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La journée de la jupe : un film qui dérange parce qu'il dépasse la fiction

Une fiction qui rejoint le procès des assassins de Sohane.

Il y a dans ce film une étrange alchimie entre le sujet traité qui nous touche tous, ce que l’on sait d’Isabelle Adjani et l’irruption à travers une arme à feu qui tombe sur le sol, d’une façon radicale d’en finir avec la stupidité.

Jusqu’au bout je suis restée en haleine sans jamais deviner la scène qui allait suivre, éblouie par le jeu d’Isabelle Adjani avec le souhait secret de trouver dans ce regard bleu, éperdu de souffrance et d’épuisement, le dénouement que je sentais dramatique

Les images me touchaient si douloureusement que soudain j’ai eu l’impression d’être transportée ailleurs, quelques années auparavant, dans la salle d’audience de la Cour d’Assise du Tribunal de Créteil, aux côtés de la famille de Sohane, avec, en face de moi de l’autre côté de la salle, « Nono » l’assassin et auprès de lui son complice, celui qui avait tenu la porte du local où elle était enfermée.

Les amis de Nono, les grands frères, se succédaient à la barre refusant de rompre le pacte de solidarité qui les liait à celui qui un jour, parce qu’il avait perdu la face pour une simple querelle de territoire, décida de « faire un truc de ouf » afin de punir celle qui lui tenait tête et osait passer outre son interdiction de pénétrer dans « sa » cité. Devant les deux copines de Sohane, « convoquées » pour la circonstance, dans un sordide local à poubelles, il allait leur faire comprendre qui était le chef.

Tous avaient vue Sohane jaillir du local transformée en torche vivante «  comme un parachute blanc » dira un témoin, avant de s’effondrer sur la pelouse et mourir deux heures plus tard. Mais jusqu’au bout, les amis de Nono, choisiront la complicité plutôt que l’intelligence et la compassion. Bardés dans leurs certitudes de « mecs »  pour qui une fille qui « sort » n’est qu’une pute.

Il est un moment du film où le regard d’Isabelle Adjani se confond pour moi avec celui de la présidente du Tribunal. C’est lorsque, ayant ces garçons sous on autorité, elle - la juge- ou elle - la prof - a enfin le pouvoir de les pousser dans leurs derniers retranchements, dans leurs contradictions, pour leur faire avouer que ce qu’ils se permettent de faire ils le refusent aux filles. C’est le moment où elle veut leur faire avouer à quel point ce qu’ils appellent « le respect » n’est qu’un système à broyer les filles.


Et ces filles que l’on pouvait croire soumises, les copines de Sohane, seront les premières qui le soir même de la mort de Sohane, oseront témoigner spontanément auprès de la police. Elles qui vivent encore dans la cité désormais maudite, la cité Balzac, ces filles qui ont vu leur amie maltraitée, frappée, insultée, tomber à genoux, avant d’être aspergée d’essence par celui qui deviendra son bourreau, et qui l’ont vu brûler vive. Ces filles devant la Cour d’Assise, ressemblent à s’y méprendre à l’élève qui dans le film soudain ramasse le pistolet et le pointe sur les garçons pour venir au secours de sa professeure !

Comme dans le film, la violence qui se déchaine contre la professeure à terre, devient épreuve de vérité pour les filles. Trop d’humiliations soudain reviennent à la surface avec d’un côté ceux qui ne veulent pas comprendre – les garçons- et de l’autre celles qui vivent intensément ce moment de lucidité – les filles.

Au procès, l’une des copines de Sohane, Mounia, les cheveux frisés, le corps élancé s’appuyant contre la barre des témoins, le regard planté vers la présidente, déclare avoir vu des larmes dans les yeux du complice, le lendemain de la tragédie, lorsqu’ils se sont parlé. Mais celui-ci, refuse cette main tendue, se lève comme un ressort dans le box des accusés et dit «  non, je n’ai pas pleuré ! ». Mounia tourne son visage vers lui et lui jette au visage «  C’est vrai, j’avais oublié ! Toi tu es un mec un vrai, tu ne pleure pas hein ?! »

Et puis il y a le père, celui de Sohane, comme celui de la professeure de « la journée de la jupe ». Dans la salle de la Cour d’Assise il était assis devant moi. Il vivait minute après minute la tragédie d’un procès, droit sur son siège, ce père, ancien éboueur, illettré, qui a voulu donner la chance qu’il n’a pas eue à ses enfants, qui ne croit pas au remords de l’assassin et dit «  non, pardonner, non, je ne le peux pas. Mais je demande à Dieu qu’il vous donne la force de supporter la prison».

La leçon du film tient dans un symbole : celui de l’arme qui passe du camp des garçons dans celui de la professeure et des filles, et alors seulement se produit un signe de tendresse, lorsqu’ d’Isabelle Adjani dit à ses élèves, en parlant de leurs parents, qu’ils se sont sacrifiés pour eux, qu’ils sont venus d’ailleurs, de si loin, au prix de tant de souffrance, et que leur seule chance à eux leurs enfants, c’est l’école.

Mais la tendresse n’est possible que lorsque l’on a repris l’autorité.
Annie Sugier ( pour en savoir plus aller sur le site de Riposte Laïque N°81)

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