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Droit des pères contre droit des mères ?

COMMUNIQUE 18/2/2013



Droit des pères contre droit des mères ?

La souffrance d’un père qui en vient à se retrancher au sommet d’une grue en plein hiver, pour protester contre le refus de la justice de lui accorder un droit de garde pour sa petite fille est sans doute sincère et respectable.

Ce qui l’est beaucoup moins ce sont les commentaires indignés et caricaturaux à l’encontre d’une justice qui, par simple habitude ou en raison d’un modèle qui daterait des siècles passés, donnerait systématiquement la garde à la mère au prétexte « qu’on ne peut séparer un enfant de sa mère ».

C’est oublier que ce droit accordé aux mères est relativement récent, et qu’il n’y a pas si longtemps en France, les mères avaient besoin de l’autorisation du père pour pouvoir sortir du territoire avec leur enfant. C’est oublier aussi que le prix à payer pour toute « inconduite » de la femme était la séparation à jamais des ses enfants. Il n’est que de se souvenir du fameux roman de Tolstoï Anna Karenine. De nos jours encore, dans nombre de pays dominés par des lois religieuses profondément ancrées dans la tradition patriarcale, la mère n’est que la nourrice temporaire de l’enfant, dont la garde appartient qu’au père.

C’est oublier enfin que, si le droit a évolué en Occident dans un sens plus équitable vis-à-vis des femmes, ce qui fait encore et toujours la différence , c’est la prise en charge matérielle des enfants : les femmes assurent majoritairement le travail ménager ( 64% des heures consacrés aux tâches ménagères sont assumées par les femmes) . Et selon la ministre des droits des femmes les choses n’ont guère changé au cours des dernières décennies : « en vingt-cinq ans le travail domestique des hommes n’a augmenté que de six minutes ». La soi-disant plus grande « disponibilité » des femmes à ces tâches, elles la payent par une immense précarité professionnelle : 82% des salarié(e)s à temps partiel sont des femmes, quant à l’inégalité salariale elle est criante (27%) et se répercute sur les retraites dont l’écart moyen avec celle des hommes est de 42%. Autre chiffre révélateur : les familles monoparentales qui sont à 85% des femmes seules avec leurs enfants.

Non un fait d’actualité aussi dramatique soit-il ne doit pas alimenter une guerre des sexes fantasmé par ceux qui ne comprennent pas le sens d’une véritable révolution féministe. Il ne s’agit ni de se venger du passé ni de refuser le présent...

C’est au contraire l’occasion d’affirmer qu’il faut en finir avec les résidus d’un modèle patriarcal dépassé.

Le regard des juges sur ce type de conflit ne changera qu’à une double condition : que les hommes (massivement) assument effectivement la part qui leur revient dans les tâches ménagères et que les femmes, dès le départ de leur relation avec leur compagnon, marquent leur volonté de ne pas considérer que la prise en charge de l’’enfant est de leur seule responsabilité.

Habituellement quand on parle du droit des femmes le public masculin ne se sent pas concerné. Pourtant toutes les grandes conquêtes des féministes ont été obtenues en faisant alliance avec les hommes qui ont compris que c’était aussi leur intérêt de faire évoluer le droit car il y allait de leur propre libération : droit au divorce, droit à la libération sexuelle, droit à la double économie dans un foyer, … Et maintenant : reconnaissance des droits et des devoirs partagés du père et de la mère.

Annie Sugier, présidente

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