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L'apartheid sexuel existe toujours

Publié le 06/03/2013 | 11:34
Photo : Nawal El Moutawakel, candidate à la présidence du CIO (AFP)

Présidente de la Ligue du droit international des femmes (LDIF), Annie Sugier, militante de la mixité dans le sport et auteur de l'ouvrage "Les femmes voilées aux jeux Olympiques", estime que la discrimination sportive des femmes est toujours une réalité.

A Londres, le CIO a célébré les premiers Jeux entièrement mixtes, où les  femmes disputaient les mêmes disciplines que les hommes... Et pourtant vous,  avec le réseau "femmes et sport", vous avez jeté un exemplaire de la Charte  olympique dans la Tamise....
AS: "Il y a toujours, sous le tapis, des résidus de discrimination. En boxe,  dernier bastion qu'elles ont conquis, les femmes n'avaient à Londres droit qu'à  trois catégories contre dix pour les hommes. Globalement, le CIO n'a pas accédé  à nos exigences: qu'il n'apporte plus sa caution aux Jeux séparés pour les  femmes des pays islamiques. Et qu'il n'y ait plus de délégation sans femmes. Ce  fut le cas, mais il y avait 17 délégations avec des femmes voilées. Pourtant,  ce ne sont que des revendications qui sont en accord avec la Charte olympique.  Mais elle n'est pas respectée quand il s'agit des femmes."
   
Certains, le CIO en tête, diront qu'à défaut de révolution il y a du  progrès...
AS: "Dans les années 90, l'Afrique du Sud, mortifiée d'être exclue du  mouvement sportif, voulait envoyer une délégation racialement mixte aux JO. Le  CIO avait refusé tant que la loi sur l'apartheid ne serait pas supprimée.  Aujourd'hui, on nous dit: « le voile, ce n'est qu'un bout de tissu... » Mais il  ne faut pas faire de compromis avec ça, comme on n'en n'a pas fait avec  l'apartheid. Si vous faites des concessions sur le symbole, vous en payerez  toujours les conséquences. Il y a des féministes qui disent « Oh l'égalité dans  le sport, quand il n'y aura plus que ça à demander... » Mais non! Ras le bol de  la politique des petits pas! On a perdu dès le départ avec cette stratégie. En  1996, le CIO annonçait qu'il faudrait 20% de femmes dans les instances  dirigeantes du sport en 2005. Mais il ne s'est jamais appliqué cette mesure à  lui-même. On est en 2013 et l'apartheid sexuel existe toujours: le CIO tolère  les femmes voilées et invite le beach-volley parce que le public se presse pour  voir des femmes dénudées."
   
Une femme, marocaine de surcroît (Nawal El Moutawakel) est pressentie  pour être candidate à la succession du président du CIO, Jacques Rogge.  N'est-ce pas un symbole fort?
AS: "Moutawakel ne pourra plus jamais rien dire qui ne soit pas dans la  ligne du CIO. Elle sera un beau symbole mais derrière c'est la trahison. Toutes  les femmes dans le mouvement sportif sont obligées d'abandonner leur combat  quand elles font carrière. La liaison entre sportives et féministes ne s'est  pas faite. Celles qui revendiquent sont coincées parce qu'elles sont dans le  mouvement sportif. C'est un monde extrêmement convenu où il n'y a aucune  liberté de parole. Ce sont forcément des gens de l'extérieur qui mettent les  pieds dans le plat."
   
Vous prétendez que l'inégalité dans le sport repose sur "l'enfermement  des femmes dans leur fonction biologique"...
AS: "Le mot vainqueur n'aura jamais de féminin. Les femmes sont soi-disant  moins intéressées par la compétition mais quand elles sont dans le bain, elles  veulent gagner comme les hommes. Plus que tout autre domaine, le sport est  construit sur la ségrégation et la valorisation de la force. On a mis du temps  à accepter des marathoniennes et quand une femme domine, on lui fait des tests  de féminité! Les sports nouveaux ne sont pas plus mixtes que les plus  traditionnels. Ils appartiennent aux garçons parce que la rue appartient aux  garçons et que le sport, les hommes ont l'impression que c'est tout ce qui leur  reste."
   
Des bastions masculins ont pourtant été conquis. On le voit en France,  avec le succès de l'équipe de France féminine de football...
AS: "Oui, et les footballeuses sont en train d'inventer une femme nouvelle.  Elles ne sont ni masculines ni féminines... Elles ont une élégance que l'on ne  voit pas sur les podiums des couturiers mais elles sont esthétiquement très  belles. Elles font énormément pour la cause des femmes. Elles me font penser  aux pionnières de l'aviation. Il a fallu se battre pour qu'il y ait des femmes  pilotes de ligne parce que dès que la profession s'est organisée, les hommes  l'ont récupérée."

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