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Bernard Thibault, la CGT et le féminisme

Par ANNIE SUGIER Présidente de la Ligue du droit international des femmes (LDIF)

Quelle mouche aura piqué «Monsieur retraites» de la CGT pour qu’il veuille avec un tel acharnement, qu’une femme lui succède à la tête de la grande centrale syndicale ? Pourquoi donc a-t-il voulu livrer ce que d’aucuns appellent déjà le «combat de trop» ?

Voilà un homme qui n’avait plus rien à prouver. Il pouvait quitter son poste de secrétaire général la tête haute, fier d’avoir imposé son caractère et sa volonté de modernisme au monde politique et social, dans un moment particulièrement difficile pour les salariés.

«Le plus étrange, dans cet épisode, note un journaliste du Monde à propos du projet de Bernard Thibault de présenter la candidature de Nadine Prigent, ancienne infirmière, au poste de secrétaire générale de la CGT, c’est l’obstination de M. Thibault, cette volonté de passer en force».

Les vieilles habitudes ont la vie dure, et il faut dire que l’histoire du syndicalisme ouvrier en France n’est pas marquée par une grande ouverture à l’égard de celles que l’on a longtemps accusées de casser le marché du travail ou de voler l’emploi des hommes.

Certes, parmi les grandes figures récentes du syndicalisme français, il y a eu Nicole Notat. Mais c’était à la CFDT et c’était dans les années 90… Une exception qui confirme la règle du machisme du mouvement syndical. Pendant dix ans, avec une poigne de fer, Nicole Notat sut jouer la fermeté et la concertation afin de mettre en ouvre sa conception d’un syndicalisme «efficace». Elle ne se fit pas que des amis.

Personne n’aura oublié la façon dont elle avait été prise à partie, injuriée, par des manifestants de FO, ni les propos peu amènes de Marc Blondel.

Et si les raisons de Bernard Thibault étaient les bonnes au point qu’il prenne le risque de perdre avec éclat ?

Car c’est bien le principe de voir une femme lui succéder qui motive l’actuel secrétaire général de la CGT. Sa proposition en faveur de Nadine Prigent n’ayant pas été approuvée le 25 mai lors de la réunion extraordinaire de la commission exécutive, il aurait en effet l’intention de présenter la candidature d’une autre femme, Agnès Naton, retraitée de la Poste, directrice de la Nouvelle Vie Ouvrière.

Au lieu de s’étonner de l’acharnement de M. Thibault, peut-être pourrait-on s’étonner de l’entêtement de ceux qui ne veulent pas entendre que l’alternance, c’est aussi celle des genres. Et qu’au moment où le pouvoir politique choisit la parité - même si le Président et le chef de l’exécutif sont encore des hommes -, les syndicats pourraient commencer à faire le ménage chez eux.

Le moment serait bien choisi. Les statistiques le démontrent. Si, au début de la crise, c’étaient les hommes qui étaient les plus sévèrement frappés, ce sont maintenant les femmes qui payent le plus lourd tribut aux dérapages du système économique. Les deux tiers des salarié[e]s à bas salaire sont des femmes. Les femmes sont les plus touchées par la précarité, le temps partiel (80% sont des femmes), le chômage (environ 10% pour les femmes contre 9% pour les hommes), la grande pauvreté (près de 3 millions de femmes contre 2 millions d’hommes), la terrible condition de la vieillesse (après 75 ans, 70% des pauvres sont des femmes). Il aura fallu la bataille des retraites pour prendre conscience que le cumul de toutes ces inégalité se reportait de façon spectaculaire sur le montant des retraites des femmes qui en moyenne sont inférieures de 42% à celles des hommes.

Quant aux plus favorisées, elles se heurtent au plafond de verre (0% de femmes dirige une entreprise du CAC 40), et l’écart de rémunération annuelle brute avec les hommes atteint 27%. Et que dire des coupes dans les services publics qui vont directement toucher les services aux personnes et retomber majoritairement sur les femmes ?

Alors, obstination ou lucidité ?

En tout cas, chapeau Monsieur Thibault !

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